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GEOPOLITIQUE

carte du cambodge


LE CAMBODGE EN BREF
Superficie : 181.035 km². ( Thaïlande : 514.000 km² ; Vietnam : 335.000 km² ; Laos : 236.800 km²).
Climat : chaud et humide; température moyenne : 27°C ; mois le plus chaud : avril (30°C) ; mois les plus frais : décembre à février (19°C). Saison des pluies : avril à octobre ; saison sèche : novembre à mars.
Relief : plaine côtière, du sud à l’ouest ; chaîne de l’éléphant (Chuor Phnom Damrei), le long du littoral sud ; chaîne des Cardamomes (Chuor Phnom Kravanh), à l’ouest (point culminant : Phnom Aural, 1.813 m) ; basses terres, des rives du Tonlé Sap, au centre, à la frontière du Vietnam, au sud ; Monts Dangrek, au nord-ouest, à la frontière de la Thaîlande ; et Montagnes orientales, au nord-est, à la frontière du Laos.
Population (recensement 2004) : 13,4 millions d’habitants (Vietnam : 79,7 M ; Thaîlande : 63,5 M ; Laos : 5,4 M), dont 85% de Khmers et 5% de Khmers Loeu.* Taux de population rurale estimé à 80% en 2005.
Groupes et minorités ethniques* (source : Ministère de l’Intérieur) : 370.463 âmes au total, ainsi réparties : Cham : 203.880 ; Vietnamiens : 95.597 ; Chinois : 47.180 ; Laotiens : 19.819 ; Tampuan : 15.861 ; Kui : 14.186 ; Jaraî : 11.549 ; Kreung : 7.854 ; Phnong : 5.323 ; Kavet :3.585 ; Stieng ou Steang : 3.234 ; Prov : 2.585 ; Thaîs : 2.454 ; Kraol : 1.962 ; Rhade ou Rabel : 1.640 ; Por : 1.440 ; Thmaun : 453 ; Loemoun :280 ; Saoch : 72 ; Kachok : 6. Autres ethnies : 3.708.
* d’après des sources non-officielles, le nombre de Chinois et de Vietnamiens serait nettement supérieur. En ce qui concerne les autres ethnies minoritaires, cham et thaî mises à part, il convient de distinguer : celles du groupe Khmer Loeu (ou Khmers des hautes terres), un des principaux groupes tribaux du Cambodge, vivant en montagne ou en forêt qui comprend : les Saoch (dans la Chaîne de l’éléphant), les Pear (dans la Chaîne des Cardamomes), les Brao et les Kui ((à la frontière laotienne) ; et celles, ethniquement diversifiées, des hauts plateaux de la Province de Mondolkiri, à la frontière du Vietnam, qui sont au nombre d’une vingtaine. Parmi les plus importantes : les Tampuan, les Phnong, les Stieng, les Kraol, les Rhade et les Kreung (au nord-est). Quant aux Kola qui étaient environ 2.000 jusqu’en 1975, aucun d’eux n’a survécu au génocide.
Langues : langue officielle : le khmer, langue atonale, dissyllabique à tendance monosyllabique, appartenant à la famille des langues Môn-Khmères, elle-même issue du groupe des langues austro-asiatiques parlées de l’Inde à la péninsule malaise. Langues occidentales : anglais, en constante progression ; français, en nette régression, bien que le Cambodge soit un pays membre de la Francophonie. En 1995, estimant que cette langue « ne peut les mener nulle part », les étudiants de l’Université de Technologie de Phnom Penh ont brûlé des livres en français.
Écriture : dérivée des écritures Shalukya et Pallava (Inde du Sud), la khmère s’écrit de gauche à droite en caractères penchés ("criang") pour les textes courants, et en caractères ronds ("muul") pour les gros titres de journaux, affiches, enseignes et textes religieux.

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Religions : le Bouddhisme, institué religion d’état dès le XIIè siècle, abolie par les Khmers Rouges de 1975 à 1979, et rétablie en tant que telle avec la restauration du « Royaume du Cambodge », en 1993. Ritualisé jusqu’au XVè siècle sous sa forme Mahâyâna ("Grand Véhicule"), il a été supplanté depuis par le Bouddhisme Theravada ("Voie ou l’Opinion des Anciens") dit également Hînayâna ("Petit Véhicule"), lequel est aujourd’hui pratiqué par 90% de la population. Autres religions : Islam : 150.000 fidèles à majori-rité Cham ; Catholicisme : ± 6.000 ; Protestantisme : ± 2.000 ; Taoîsme, Confucianisme et Caodaîsme : ?. Animisme : pratiqué quotidiennement dans chaque foyer khmer, en syncrétisme total avec le bouddhisme.
Littérature classique : constituée de 2 grandes épopées : le poème d’Angkor Vat et le "Reamker"(ou Ramakerti : la Renommée de Râma), transposition khmère et version scénique du "Râmayâna" remontant à la période angkorienne (IXè au XVè siècle) et mêlant le récit traditionnel aux thèmes purement locaux.
Théâtre : pièces populaires et "théâtre d’ombres" (le "nang sbaek" : spectacle de marionnettes peintes découpées dans du cuir) tirant leur argument des récits du "Râmayâna" agrémentés de légendes locales.
Cinéma : centré autour de l’œuvre de Rithy Pahn (« Site 2 », « S 21 », « Les artistes du théâtre brûlé »).
Statut et Institutions : « Royaume du Cambodge ». Monarchie constitutionnelle (Devise : « Nation-Religion-Roi »). Parlement bicaméral (Assemblée Nationale et Sénat). Multipartisme.
Circonscription administrative : 21 Provinces : Ratanakiri, Mondolkiri, Kratie, Kompong Cham, Svay Rieng, Prey Veng, Kandal (Phnom Penh), Takeo, Kampot, Koh Kong, Kompong Speu, Kompong Cham, Kompong Chhnang, Kompong Thom, Pursat, Battambang, Banteay Meanchey, Doar Meanchey , Siem Reap, Preah Vihar, et Stung Treng.
Principales villes : Phnom Penh (capitale ; ± 1,3 million d’habitants), Battambang et Siem Reap.
Monnaie : le Riel (1 $ =± 4.000 R ; 1 € = ± 5.000 R ).
PNB : 310 $ par habitant en 2004, l’un des plus faibles revenus en Asie qui relègue le Cambodge au 130è rang sur 177 au classement IDH (Indicateur de Développement Humain élaboré par le PNUD de l’ONU). Plus d’un tiers de la population (36%) vit en dessous du seuil de pauvreté avec moins de 4.000 R par jour.
Économie : en crise depuis 1997, avec une récente reprise due au développement timide du tourisme. L’exploitation prochaine des gisements de pétrole au large de Sihanoukville (700 millions de barils sur un seul site et 100 milliards de m3 de réserves de gaz) laisse espérer une forte relance à l’horizon 2009.

HAUTS LIEUX TOURISTIQUES
Contrairement à la Thaîlande qui demeure la destination la plus courue en Asie du Sud-Est avec 10 millions de touristes pratiquement chaque année, le Cambodge en attire moins d’un million et demi par an. Et pourtant, il est, de tous ses voisins (Thaîlande, Vietnam et Laos), le pays qui possède le plus ancien et le plus riche patrimoine architectural. À commencer par le complexe d’Angkor dont les 400 km² de superficie en font le plus vaste ensemble archéologique du monde !

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INCONTOURNABLE ANGKOR :
ANGKOR VAT (XIIè siècle), la "Ville Pagode" bâtie sur 82 ha par le "Dieu-roi Soleil", Suryavarman II(112-1152 ?), en l’honneur de Vishnu, le Conservateur de l’Univers. Inscrit sur la "Liste du patrimoine mondial de l’Unesco", ce "temple-montagne" est le modèle par excellence de l’architecture classique khmère. En témoignent : ses cinq célèbrissimes tours de grès rose en forme de lotus, emblème et symbole de la pérennité du Cambodge, dont la tour centrale, haute de 30 m, représente à la fois le "linga"(phallus sacré) de Shiva et le sommet du Mont Meru, axe du monde et séjour des dieux. En témoignent encore : ses huit bas-reliefs de 2 m de haut courant sur 800 m le long des murs de la galerie extérieure qui forment la frise la plus longue du monde. Le plus remarquable d’entre tous est le bas-relief relatant l’épisode du "Barattage de la Mer de Lait", inspiré du Mahâbhârata, où le camp des démons et celui des dieux se disputent le privilège de porter Vâsuki, "le serpent d’infinitude", tout en fouettant ensemble l’écume des flots pour en extraire l’"amrita", l’élixir ou liqueur d’immortalité.
ANGKOR THÔM ( Xè-XIIIè siècles), la "Grande Pagode" dont la cité fortifiée de 10 km² a été construite par Jayavarman VII(1181-1218 ?), le plus grand souverain de l’ère angkorienne et le plus grand bâtisseur des rois khmers. « Je salue la perfection ! » devait s’exclamer Tchéou-Ta-Kouan, ce fin lettré chinois qui découvrit la gigantesque ville royale en 1296 et y un séjourna un an à l’ombre de sa muraille de 12 km de long et 8 m de haut, elle-même ceinturée par une douve large 100 m, jadis infestée, à dessein, de crocodiles.
Cette perfection est encore visible aujourd’hui. Elle se manifeste dans l’organisation même du site et de ses monuments érigés selon l’ordre cosmogonique, regroupés qu’ils sont autour de l’enceinte centrale : Cinq portes monumentales, hautes de plus de 20 m, en percent les murailles. Chacune est décorée de trompes d’éléphant en pierre et surmontée des quatre visages au sourire énigmatique du bodhisattva Alokiteshvara, le Bouddha de la Compassion, chaque visage étant tourné vers un point cardinal.
  • Le Bàyon : c’est le monument le plus prisé du site après Angkor Vat. Si la "Ville Pagode" en est la majesté même, il en est, lui, le mystère incarné. D’où le nom de "Montagne magique" donné à cette pyramide de 43 m de haut et dotée de 54 tours, symbolisant les 54 provinces du Cambodge de l’ère angkorienne, parées de plus de 200 visages d’Alokisteshvara sculptés à l’image du "devaraja " (dieu-roi) Jayavarman VII. Le Bàyon possède sur deux niveaux d’extraordinaires bas-reliefs courant sur 1.200m et comptant plus de 11.000 personnages. Les douze plus célèbres couvrent le mur extérieur du premier niveau et dépeignent des scènes de la vie quotidienne des Khmers au XIIè siècle ainsi que les guerres qu’ils livrent à leurs ennemis, les Cham. Le troisième panneau possède des sculptures parmi les plus belles du temple. Elles mêlent une bataille navale qui fait rage à des portraits plus paisibles de riverains au bord du lac Tonlé Sap ; les uns s’épouillent mutuellement, tandis que d’autres chassent le gros gibier. L’avant-dernier panneau met en scène la Guerre de 1177 qui se solda par la défaite des Khmers et le sac d’Angkor par les Cham. On y voit le roi Dharanindravarman II (1152-1177), mortellement blessé, qu’aident ses soldats à descendre d’éléphant alors que les assaillants s’acharnent à poursuivre l’ennemi en déroute. En proie au désespoir, les Khmers sombrent dans une beuverie. Le dernier panneau décrit un nouvel affrontement, lequel prit fin en 1181 avec la défaite des Cham, vaincus par le futur roi Jayavarman VII, fils - ou cousin ?- du précédent.


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  • Le Baphuon (XIè s.) : ce temple de " l’ancêtre caché ", jadis nommé " Montagne d’Or", est l’œuvre de Udayadityavarman II (1049-1065). Cette colossale représentation pyramidale du Mont Meru de 43 m haut et de 120 sur 100 m de base est à la fois un exploit technique pour l’époque et un rare et remarquable exemple du style architectural pré-angkorien. Rançon de cette prouesse : l’édifice, érigé sur une colline artificielle aux fondations meubles, s’est en partie écroulé. Seuls subsistent ses trois terrasses et ses bas-reliefs sculptés sur les murs extérieurs et les portails, lesquels relatent quelques épisodes des grandes épopées hindoues traités par les artistes à la manière du théâtre d’ombres.

  • Le Phimeanakas (Xè-XIIè s.) : également nommé "Palais céleste ", ce petit temple pré-angkorien a été bâti sous le règne de Rajendravarman II (944-968) où il faisait office de chapelle royale. Un demi-siècle plus tard, Suryavarman Ier, premier "Dieu-roi Soleil", profita de la rénovation de l’enceinte pour reconstruire le palais à l’image du mythique Mont Meru. Il en fit une pyramide à trois gradins en grès recouvert de latérite haute de 12 m et conçue selon un plan rectangulaire. Autre exploit pour l’époque ! Sa tour centrale aurait eu, dit-on, un toit tout en or et surmonté d’une flèche. Et elle aurait servi d’abri aux amours du souverain que rejoignait chaque nuit, sous l’apparence d’une femme, Nâgi la déesse des "nâga", ces cobras sacrés.

  • La Terrasse des éléphants (XIè-XIIIè s.) : c’est encore à Suryavarman Ier que l’on doit la construction de cette "terrasse royale" longue de 350 m et large de 14 qui borde l’enceinte du Palais Royal. Deux siècles plus tard, l’illustrissime Jayavarman VII la fait aménager pour l’utiliser à la fois comme Salle du Conseil, salle d’audience et tribune géante, surplombant la Place centrale, réservée aux dignitaires pour qu’ils assistent, d’en haut, aux parades d’infanterie et de cavalerie avec attelages et éléphants ainsi qu’aux cérémonies religieuses et festivités publiques. La terrasse doit son nom aux superbes éléphants sculptés de part et d’autre du mur de soutènement. Au centre du bas-relief, à l’emplacement même du pavillon à toit d’or où siégeait le roi entouré d’une nuée de mandarins et de servantes portant vaisselle d’or et d’argent, défilent des rangées de "garuda"(mi-hommes, mi-oiseaux) aux ailes déployées et des lions grandeur nature. Et pour ajouter à son prestige, Jayavarman VII fait ériger sur la Place centrale 12 tours en latérite, dites "Tours de la Victoire" (sur les Cham) ou "Tours des Danseurs". Celle-ci, disposées symétriquement autour de la "Porte de la Victoire" comme pour former une haie d’honneur, avaient paraît-il, entre autres fonctions, celle de régler les conflits entre familles : quand deux d’entre elles se disputaient sans conciliation possible, un représentant de chaque famille s’asseyait au sommet d’une de ces tours en s’épiant l’un l’autre. Au bout de quelques jours d’observation, celui qui avait tort finissait par éprouver un quelconque malaise, tandis que celui qui avait raison n’en ressentait aucun. Ils décidaient alors tous deux du juste et de l’injuste au terme de ce "jugement céleste".

  • La Terrasse du Roi lépreux (XIIè-XIIIè s.) : elle doit son nom à une statue retrouvée sur le parvis et censée représenter un roi lépreux. Nous disons bien « censée », car rien n’indique sur elle la présence de la lèpre, si ce n’est une main aux doigts légèrement atrophiés. Et si roi lépreux il y a, duquel au juste s’agit-il ? De Yashovarman Ier (889-910) ou de Jayavarman VII qui vécut deux siècles et demi plus tard sur ces mêmes lieux ? Si les Annales royales leur prêtent à tous deux cette maladie, l’énigme, faute de preuves, reste entière. Et c’est bien là l’un des nombreux mystères d’Angkor. Plus vraisemblable est l’hypothèse formulée par les archéologues, lesquels penchent plutôt pour une représentation de Yama, Juge des Morts et Dieu des Enfers gardant l’entrée du crématorium royal. Quoiqu’il en soit, la statue présente aujourd’hui sur le site n’est qu’une copie, étêtée de surcroît par quelque obscur pilleur. L’original trône désormais au milieu du patio du Musée National des Beaux-Arts de Phnom Penh. Il s’agit d’un homme nu, méditant assis « à la javanaise » (jambe gauche « en tailleur », jambe droite pliée face au buste) et au sourire indéfinissable.


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Quant à la terrasse, elle s’orne, de part et d’autre des murs de soutènement, de bas-reliefs qui sont de pures merveilles. Telles ces sculptures, finement exécutées, d’"apsara" (danseuses célestes) assises, de rois à tiare pointue, armés d’une épée à double tranchant et accompagnés de princesses parées d’un collier de perles à plusieurs rangs. Ces sculptures, aussi, en ronde-bosse illustrant les 7 niveaux d’êtres terrestres et célestes : "nâga", "garuda", "rakshasha" (démons), géants, hommes, "devata" (déités) et dieux.
Un mot encore, pour conclure ce chapitre angkorien, sur la restauration du site. Elle a consisté à tout démonter pierre par pierre et à numéroter chacune d’elles, puis à bétonner pour consolider l’intérieur et à replaquer enfin chaque pierre sur le mur rénové. Ce procédé a pour nom "anastylose". Et pour effet, un rajeunissement total. Si bien que tout ici semble dater d’hier.
BANTEAY SREY, CITADELLE EN DENTELLES (Xè siècle : Son nom khmer signifie "Citadelle des Femmes" et s’explique par la présence des "devata" et "apsara" sur ses bas-reliefs. Et sa célébrité n’est pas due uniquement à André Malraux, son "inventeur" et pilleur* à la fois, mais aussi et surtout à son extraordinaire décor en fine dentelle délicatement sculptée dans le grès rose qui lui fait occuper une place unique dans l’architecture du Cambodge ancien. Mais comment expliquer un tel raffinement aussi en avance sur l’époque ? C’est la question que s’est longtemps posée l’archéologue et ancien Conservateur d’Angkor, Bernard-Philippe Groslier, jusqu’au jour où il en a trouvé la clé : « Le roi bâtisseur de ce temple tout en dentelles, écrit-il, préférait les jeunes bonzes aux divines danseuses ».
Or, ce roi n’était autre que Jayavarman V (968-1001) qui monta sur le trône l’année même de la construction de Banteay Srey après en avoir confié le chantier à son propre "guru", le noble et fortuné brahmane Yajñavahara qui consacra ce petit temple à Shiva et dont il érigea le "linga", symbole phallique de ce dieu destructeur et recréateur à la fois, qu’abrite toujours la tour-sanctuaire ("prasat") centrale. Flanquant cette tour, deux autres "prasat" légèrement moins élevés. Celui au sud sert d’abri à un second "linga", celui au nord, à une statue de Vishnu. De part et d’autre des portes du sanctuaire central, veillent les gardiens. Ce sont de beaux éphèbes souriants, abrités dans des niches soutenues par de petits lions atlantes, véritables morceaux de bravoure de la statuaire pré-angkorienne. Ces édifices, bien que de dimensions modestes – ils ne dépassent pas 10 m de haut, n’étant pas destinés au roi –, donnent tous l’impression d’être grands. Et cela tient autant à leurs proportions harmonieuses qu’à la composition architecturale de l’ensemble. Contrairement aux habitudes, celle-ci ne magnifie pas les sanctuaires principaux, mais accuse un souci de hiérarchie manifeste dans la destination des différents bâtiments et dans le choix des matériaux - grès ou latérite - dont chacun est constitué. Autrement dit, plus on pénètre dans le monument, plus la somptuosité s’accroît.
Le "gopura" (pavillon d’entrée) Est ouvre la voie. Sur son fronton oriental , trône Indra, le Roi des Dieux et gardien de l’Est, chevauchant sa monture attitrée : l’éléphant tricéphale Airâvata. Le fronton occidental montre Skanda, fils de Shiva et de Pârvâti, à cheval sur son paon. À mi-parcours d’une allée longue de quelque 60 , des bâtiments rectangulaires ("kleang") présentent encore de beaux frontons. Sur l’un d’eux, Shiva, sous l’apparence de Narasimha, l’homme-lion, met à mort l’"asura" (démon) Hiranyakashipu. Le "gopura" de la troisième enceinte est doté d’un fronton décrivant une scène célèbre du Mahâbhârata : le combat fratricide de Sunda et Upasunda, deux puissants "asura" qui se disputent la possession de la belle "apsara" Tilautammâ, dépêchée par les dieux pour mettre un terme à leurs méfaits. L’un des frontons historiés du "gopura" de la deuxième enceinte présente deux scènes tirées, elles aussi, du Mahâbhârata : le combat du généralissime Bhîma et de Duryadhana, le roi illuminé, et celui des frères Vâlin et Sugriva qui se livrent un duel à mort pour le titre de roi des singes. Enfin, la bibliothèque de la première enceinte présente, sur sa face Est, une évocation de la scène au cours de laquelle le géant Râvana ébranle le Mont Kailasa, montagne mythique de l’Himalaya et séjour privé de Shiva.

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Banteay Srey, ce joyau miniature de l’art classique khmer offre un admirable contrepoint à la puissance des "temples-montagnes" d’Angkor. Un joyau de grès rose qui change de teinte selon l’orientation du soleil.
* « Inventeur » du site, André Malraux l’est sans conteste, car c’est à lui que l’on doit la découverte de Banteay Srey en 1923. Mais il en est aussi le pilleur. Aidé par sa femme, Clara, et André Chevasson, son camarade d’enfance, il parvient, après deux nuits de travail titanesque, à desceller à coups de burin trois blocs de pierre d’angle de la tour sud du temple pour les vendre « en Amérique ...(et) vivre tranquilles pendant deux ou trois ans » (sic). Le butin, embarqué à bord d’un vapeur des Messageries Maritimes, est saisi par la Douane française et la triste équipe assignée à résidence à l’Hôtel Manolis de Phnom Penh. Condamné à trois ans de prison, Malraux voit sa peine réduite à un an avec sursis, grâce à la mobilisation d’intellectuels parisiens et, aussi, au fait que Banteay Srey se trouvait alors dans une zone de non-droit entre le Cambodge et le Siam. Cet épisode, transposé à dessein au Siam, sert de thème à « La Voie royale », roman qui vaut à André Malraux d’être, en 1930, le premier lauréat du Prix Interallié. Quant aux pierres, elles ont regagné leur emplacement d’origine, mais on peut y voir encore les entailles du burin.


voir aussi : la géopolitique de la Chine


 portrait d'une jeune cambodgienne


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